Julie a dénoncé des viols commis par une vingtaine de pompiers quand elle avait entre 13 et 15 ans. Le parquet a requis un renvoi pour « atteinte sexuelle », estimant qu’elle était consentante.

Elle parle de « honte », de « mépris ». Huit ans après sa plainte contre des pompiers pour d’innombrables viols survenus quand elle avait entre 13 et 15 ans, Julie* a appris avec colère que le parquet de Versailles avait demandé en septembre une requalification des faits :

« Le défaut de consentement […] apparaît insuffisamment caractérisé », écrit le magistrat, qui préconise de poursuivre les trois pompiers mis en examen non plus pour viol mais pour atteinte sexuelle, un délit passible de sept ans de prison… loin des vingt ans prévus pour un viol aggravé.

Pour Julie, cette demande, si elle devait être suivie par le juge d’instruction, serait « une aberration ». « Non, à 13 ou 14 ans, on ne peut pas donner son consentement pour des rapports sexuels avec plusieurs personnes qui passent à la suite ! » martèle la jeune femme, aujourd’hui âgée de 23 ans, retraçant les prémices de cette affaire qui l’a, dit-elle, « détruite ».
Le piège de « l’amitié »

Julie n’a que 13 ans quand elle rencontre P. Il fait alors partie de l’équipage l’ayant secourue lors d’une crise de spasmophilie, dans son collège du Val-de-Marne. Mais le pompier, âgé, lui, de 20 ans, a récupéré son téléphone sur la fiche d’intervention. Il la recontacte et une amitié se noue… Du moins le croit-elle.

« Un jour, alors que ma mère s’était absentée, il m’a posée sur le lit, s’est assis à califourchon sur moi et m’a violée. A partir de là, ma vie a basculé pour devenir un enfer… » raconte Julie, évoquant des « pressions » et une mise en condition psychologique.

Une autre fois, P. vient la chercher chez ses parents, sous prétexte d’une promenade. Il l’amène en fait chez lui, où elle décrit un viol en réunion avec deux autres collègues.

Au plus mal, Julie commet sa première tentative de suicide, se scarifie, enchaîne crises d’angoisse et de tétanie, nécessitant plus de 130 interventions des pompiers entre 2008 et 2010. « Ils connaissaient parfaitement mon âge et les traitements que je prenais. Non, je n’étais pas consentante ! » souligne-t-elle.
« J’étais devenue leur objet sexuel »

A l’époque, l’adolescente est gavée aux antidépresseurs, aux neuroleptiques et aux anxiolytiques. « Je n’avais pas la capacité de m’opposer, j’étais un légume… Mon esprit se déconnectait, j’attendais juste qu’ils terminent », poursuit-elle. Les soldats du feu n’y voient, eux, qu’une « fille facile » dont on se transmet le numéro.

Les rapports sexuels se multiplient dans des parcs, des parkings, sur des capots de voiture et même dans les toilettes de l’hôpital pédopsychiatrique où elle séjourne.

« J’étais devenue leur objet sexuel », résume la jeune femme qui, en 2010, porte plainte. Elle dénoncera une vingtaine de pompiers, âgés de 20 à 35 ans qui, pour la plupart, ont reconnu les rapports sexuels. Tous expliquent qu’elle était demandeuse, avoir ignoré son âge et son état psychique.

« Ce sont des prédateurs qui ont chassé en meute et dont les agissements doivent être jugés en cour d’assises », taclent Me Jean Tamalet et Me Joseph Cohen-Sabban, les nouveaux avocats de Julie. « Je ne m’en remettrai jamais, dit pour sa part la jeune femme, handicapée à plus de 80 % après plusieurs tentatives de suicide. Mais je voudrais que la justice fasse son travail. »

 

*Le prénom a été modifié.

 

Source: Le Parisien – 5/11/2018

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